Plan de l'essai

 Apprécier être cette femme devenue/cet homme devenu

 L'amour peut être
 L'autonomie du corps et de l'esprit
 Seule l’intelligence permet
 Amour de soi
 Les balises philosophiques

 Un sage…

Apprécier être
cette femme deve-nue,
cet homme deve-nu

Est-ce  l'amour  de  soi qui fait acquiescer à soi ?  En  latin,  acquiescentia  in  se  ipso, l’expression  est  de  Spinoza,  Robert Misrahi la traduit par « la satisfaction de soi ».

Spinoza sur l'amour: « Jamais nous ne faisons effort pour nous en affranchir », c'est « qu'il est nécessaire que nous n'en soyons pas affranchis ». In Court Traité, cité in 100 mots 352.

« Parce ce que l'individu est effort (conatus) et désir, il est le mouvement d'une recherche  de  puissance  intérieure.  Tous  les  affects  de  l'individu  sont  des accroissements ou des réductions de cette puissance d'exister. »

Tous  les  affects  de  l'individu  sont  des  accroissements  ou  des  réductions  de cette puissance d'exister.


L'amour peut être,
est en puissance:

Source

L’amour peut être d’abord passif et passionnel, puis peut devenir plus actif et autonome.
Tout  mouvement  d'accroissement  de  cette  puissance  intérieure  recherchée nous est JOIE, tandis que toute réduction d'icelle nous est TRISTESSE.

Chercher à augmenter sa puissance intérieure s'instaure JOIE.

L'amour  est  puissance  intérieure  joyeuse qui  s'accompagne  d'une  cause extérieure.

Cette puissance intérieure est-elle aussi amour de soi ? Elle émane en tout cas de soi, instigué le plus souvent par des causes extérieures. Il y a cependant lieu que l’individu ne s’oublie pas dans l’aventure amoureuse: un autre ne peut être aimé de façon vraie (nue) que par un être qui s’aime  d’un  amour  s’écoulant librement de l’intérieur vers l’extérieur, & non, bien sûr, d’un amour égotiste autocentré sur soi oubliant tout le reste. Ça, c’est l’égotisme si commun dans le monde contemporain: il ne sait plus personne d’autre que le Moi. Le Moi n’a rien de commun avec le soi.

Il semble impossible d’aimer d’autres personnes si l’individu en soi ne s’aime pas d’abord de façon « active & autonome », en actes posés qui  suintent de l’intérieur de soi de façon libre et sans compter, et surtout d’abord sans autre cause qu’intérieure.

Non ?

Quand elle est devenue plus active et autonome,  la joie découle de l'essence vraie de l'individu.
Quand  elle  est  passive  ou  passionnelle,  la  joie découle  davantage  de  causes extérieures que de causes internes et connues. RM 100 mots

Il  y  a  lieu  donc  de  jouir  d'un  amour  plus  actif  et  autonome  de  soi  que  le contraire. Ce mouvement actif, autonome & joyeux s'écoule de l'essence vraie de soi1.


1 Essence veut dire « définition », 150 in 100 mots sub 'essence'


Je reprends: Ce mouvement actif, autonome & joyeux s'écoule de la définition vraie de soi.

Le mouvement du soi peut devenir plus actif mais n'être pas encore autonome. Tout semble avoir lieu par étapes, mûrement infléchies/réfléchies (?) en soi, pas à pas.

Le degré d'autonomie du soi s'accroît à  mesure qu’il progresse à promouvoir l'épanouissement  du corps;  chacune,  chacun  à  sa  manière  prendra  soin  du corps en le réactivant périodiquement, en le « rebranchant » à la Terre par ces deux passages d'énergie que sont les jambes afin que le corps devienne mieux apte à activer de la façon la plus autonome possible l'énergie qui passe par la plante des pieds, et ce, dans les deux sens: du haut vers le bas & du bas vers le haut.

L'esprit  saura  avant  le  soi  (avant  le  corps)  qu'il  dépendra  toujours,  pour l’autonomie pleine, entière et vraie (nue) du soi, de se reconnecter à l’énergie terrestre.


L'autonomie du corps

&
de l'esprit

 

Source

Précisons d'emblée qu'il ne s'agit nullement de traiter ici de l'autonomie de l'un par rapport à l'autre mais bien des deux ensemble par rapport à ce que Spinoza nomme bellement des servitudes. Notre auteur n'a de cesse de démontrer encore & encore leur union tendre, lieu d'unicité immanente de l'être. Comme le synthétise d'une formule R. Misrahi (92, in 100 mots): L'ESPRIT EST LA CONSCIENCE DU CORPS. L'esprit, la conscience du corps.

Dépendre  d’assuétudes  quelconques  est  antinomique  d’une  libération  du corps. Rejoindre le poids adéquat de soi, en son corps, a facilité cet  accès  à l’autonomie dans mon cas.

À cette fin, l’ouvrage de M. Desmurget, L’anti-régime, Maigrir pour de bon, publié aux éditions Belin,  peut  se  révéler  pour  vous  aussi  (!)  une  aide précieuse. Pour d’autres, le tabac, l’alcool, les drogues, les jeux de hasard, etc. peuvent constituer d’autres assuétudes dont il est préférable de s’écarter pour faire  entrer  le  corps  dans  la  libérté  car  ce  sont  des  servitudes, terme qu'emploie Spinoza, des asservissements. Seul le sucre industriel, caché ou non, était sur mon chemin...

En  parallèle, l’esprit trouvera assurémenent roboratif de développer par ses lectures spinozistes sa propre autonomie de pensée, du penser vrai (nu). Il se tracera  probablement en vous, dans  la  joie, un  chemin du Désir qui est satisfaction de soi. Le Désir tel que Spinoza le conçoit est  l’essence (la définition) concrète de l’homme; il sera en outre le fondement de la morale puis de la  sagesse de l’Éthique, l’ouvrage fondamental de Spinoza. Légèrement reformulé d’après Les 100 mots sur l’Éthique, de Robert Misrahi.

Je  suis  certain d'avoir trouvé mon havre philosophique en Spinoza, par l'entremise de Robert Misrahi. Il m'étonnerait fort que j'en change encore. Ce serait réduction de la puissance philosophique universelle que l'esprit maîtrisera pas à pas, à son rythme.

Il est peut-être d’autres chemins philosophiques aussi libérateurs, que sais-je. Je n’ai pas emprunté ces chemins-là. R. Misrahi, en philosophe de formation, a aussi développé sa propre philosophie: il n’en a pas décelé d’autres. Pour le lire dans les moindres recoins de son œuvre, j’aurais tendance à lui donner raison, mais je suis un amateur de philosophie non un professionnel. Il est loin d’être le seul à indiquer le chemin spinoziste comme chemin possible de libération du soi  dans  l’ici  et maintenant:  A.  Comte-Sponville  fut  pour  moi  pendant  très longtemps  l’unique  source  d’accès  indirect  au  spinozisme,  suivi  par  d’autres plus  récents:  Marcel  Conche,  l'auteur  italien Giuseppe  Rensi  (1929),  Clément Rosset.

Puis Éric Delassus allume le désir du texte en direct mais ne l'approfondit pas assez pour la recherche essentielle entreprise. Je ne sais plus comment Robert Misrahi (RM) est apparu, une contingence heureuse certainement !

& dès lors leurs mots, Spinoza et R. Misrahi, se tissent patiemment à la matrice même de ce soi-ci. J’y rencontre ainsi Benedictus de Spinoza d’abord par l’entremise de Robert Misrahi, puis finalement dans le texte de  L’Éthique traduit par lui, car Spinoza écrivait en latin, qu'il apprend à l'âge de vingt ans pour mieux communiquer avec d'autres philosophes européens. C'était la langue internationale à l'époque !

Mais, j’y insiste, vos sources sont sur votre chemin, pas le mien. Assurez-vous simplement que les vôtres promeuvent votre liberté d’individu, sans induire un autre asservissement de type religieux, voire sectaire. Les charlatans courent les  rues  et  la  Toile !  Il  paraît  évident  que  l’unité  du  corps  est  un  référent essentiel, sans autre vie disponible que celle que vous vivez ici & maintenant.


« Seule l'intelligence permet »

 

« Seule l'intelligence permet d'accéder à cette joie qui est

- amour de soi (philautia)
&
- accord avec soi-même,

- repos en soi-même
- & consentement à sa vie & à son être. » 355 in 100 mots

Voilà.

« Le  sens  même  de  l'éthique  réflexive[]  est  l'accès  à  cette  joie qui  est  la satisfaction de soi. » 354 in 100 mots

Accéder  à  la satisfaction  de soi  est  joie Which  is  totally  different from  being self-satisfied, a form of egotism.  Ce qui n'a rien à voir avec l'autosatisfaction, une forme d'égotisme fort courue de nos jours.

C'est
parce que le corps consent  joyeusement à l'être devenu, le point de départ de ce fil réflexif,
- qu’il  consent tout aussi joyeusement à œuvrer à la meilleure vie qu’il mène, plus saine, détachée  du  monde mais impliquée par certaines actions autonomes positives;
c'est
parce que le corps consent joyeusement à l'être devenu

- qu’il est en accord de plus en plus complet avec le soi deve-nu;
-  qu’il  sait  être  davantage  en  repos avec soi, ce qui ne signifie pas au repos,  mais  bien  n'être  le  siège  d'aucun  tiraillement intérieur; au  contraire d'être en congruence de tous les instants. La congruence n'est pas un concept spinoziste mais il a pour sens l'accord avec soi-même, je pense. At least a lot of overlap between the two; they are two overlapping concepts. Ce sont deux concepts qui se chevauchent largement, en tout cas.
Être mieux détaché du flux quotidien, tout en y participant de façon choisie, y compris  dans  l’exercice  de  sa  profession  bien  sûr,  mener  vie  détachée  de (presque) tout & de tous. « Détachée », il s’entend par « avec détachement », ce qui ne veut pas dire isolée. 

Il peut alors se développer de la sorte le sentiment, non de supériorité mais de complémentarité  assumée,  respectueuse,  mieux  distanciée  avec  vos  amis proches,  sans  plus  vous  encombrer  encore  des  pires  « agitatrices,  agitateurs d’énergie négative » autour de vous. Regardez mieux: il en est d’innombrables.


Amour de soi

 

L'activité  amoureuse  qui  bouillonnera  désormais  en  soi  à  jets  bien  plus continus,  moins discontinus  en  tout  cas,  sous  forme  de  charisme pour  nos proches & les individus que les contingences de la vie nous font cotoyer.

Vous  en  seriez  bien  évidemment  la  première/lepremier  bénéficiaire,  c’est  le constat que j’en ai observé sur moi, mais comme il s'agit d'une  source intarissable, liée à la matrice même du flux de vie, elle me propulse, m'inonder & m'empreint.

En favorisant ce bouillonnement intérieur, il pourra se donner alors sans compter autour de soi… à vos proches bien sûr, aux amis que vous voyez en un suivi choisi & sans coutures, ainsi qu’aux personnes rencontrées  dans  la  vie  de  tous  les jours,  en  leur  portant  attention  pleine  le temps de l'échange. Vous en aurez vite la confirmation par des manifestations d'humanité  à  votre  égard,  parce  que  l'individualité  en  eux  s'est  sentie reconnue,  sous  forme d'un  sourire,  une  réponse,  une  micro-conversation  de votre part.

Votre autonomie par  rapport aux  autres, ne plus dépendre d’eux pour votre joie, vous fera prendre les moments où vous vous trouverez seule/seul comme sereins, bienvenus, ressourçants même. Bénéfiques. Recherchés.


Les balises
philosophiques

 

 

La  richesse  que  ces activités  autonomes apportent  résultera  de  cette  patiente  recherche  de  sérénité  à  laquelle elles contribuent  bellement  &  qui  trouvent  en  soi  l'aliment  nécessaire  à  leur profusion.

Cette  lente  recherche de sérénité  intérieure testera votre  patience, cela est certain. Il est vraisemblable que vous la rencontrerez d’abord dans les livres de philosophie (et non de psychologie...), & en soi seulement par la suite.

Quels livres ? Chaque chemin est inédit. Il n’en existe pas d’universels, valables pour tout le monde.

Mon histoire personnelle m’a en premier fait toucher le tantrisme non-dualiste des Shivaïstes du Cachemire.  Il  m’a  mis  sur  le  chemin  du  meilleur épanouissement  corporel  de  soi  tout  en  me  faisant rencontrer plus aisément les bonnes personnes. Le tantrisme non dualiste du Cachemire m'a ouvert à l'Orient.

Lilian Silburn est l'équivalente de  R. Misrahi: elle pour les tantra, lui pour le spinozisme. Elle initiera  ses lecteurs à la kundalini (principalement non sexuelle2), que je reconnaîtrai en moi; cette présence énergétique est désormais sans questions. Je développe amplement les apports reçus en suivant ce lien.

Mes trois sources (Tantrisme, Spinozisme et sur un autre plan L’anti-régime de M. Desmurget) sont tellement intégrées au corps maintenant que cela coule de sources encore indistinctes, même si  elles  sont  mieux  localisées,  dans  des sillons bien creusés à même le corps qu'il n'est pas important d’en distinguer encore les flux, tant ils se marient avec élégance.

Leur  tarissement  correspondra  de  façon  vraisemblable  à  la  fin  de  la  vie  du corps, qui entraînera l'esprit dans la mort. (On a  le temps, hein!) Je ne doute plus trop qu'ils m'accompagneront jusqu'à la dématérialisation du corps. 


2 Voir Homogène pour saisir le moment de cette dissociation.


Un sage

Spinoza est un sage qui nous revient de son XVIIe siècle par l’entremise de R. Misrahi. Ils nous proposent tous deux « un mode de vie qui [est] une sagesse sereine, faite

- d'acceptation,
- de contentement intérieur
&
- de joie spirituelle. …

à atteindre au moyen « d'un système complexe & rigoureux de concepts exactement définis & enchaînés. [Cette sagesse sereine est] chaleur concrète de la joie, de l'amitié & de la satisfaction. » (341, 100 mots sub sagesse)
Cela constitue « l'originalité & la force de la pensée spinoziste d'avoir su établir le lien étroit entre la rigueur logique d'un système
- de l'homme
- & de la nature,
& l'intensité existentielle d'une éthique de la joie. »

 La  sagesse dont il s'agit dans l'Éthique « est celle de ''l'homme libre'':  l'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, & sa sagesse est une  méditation non de la mort mais de la vie ». 341, d'après éth. IV 67

 La  sagesse a  pour objet  de méditer  sur  la  vie, c’est-à-dire sur le  contenu de l'existence.

 Deux autres formulations qui n’en changent pas le sens, une simple trituration syntaxique, un dada personnel qui éclaire parfois le sens en se l’appropriant:
 - La méditation de la vie, c’est-à-dire le contenu de l'existence, est l'objet de la sagesse.
 - La méditation sur le contenu de l'existence, c’est-à-dire de la vie, est l'objet de la sagesse.

 Spinoza distingue de façon rigoureuse entre

- les idées, qui sont des actes,
&
- les images, qui sont comme des 'peintures muettes'.

 « Seul l'enchaînement rigoureux des idées (et non pas l'association d'images, de croyances & de superstitions) permet de comprendre

 - la [n]ature,
& par suite
- l'homme
&
- son désir, » 342

« En traitant de la conduite de la vie, en Éth. IV, Spinoza écrit: '' Il appartient à l'homme sage d'user des choses, d'y prendre plaisir autant qu'il est possible (non certes jusqu'à la nausée, ce qui n'est plus prendre plaisir).
Il appartient à l'homme sage, dis-je, d'utiliser pour la réparation de ses forces & pour sa récréation des aliments & des boissons agréables en quantité mesurée, mais aussi les parfums, l'agrément des plantes vives, la parure, la musique, les exercices physiques, le théâtre & tous les biens de ce genre dont chacun peut user  sans  dommage  pour  l'autre''  (Éth.  IV,  45,  commentaire  du  Corrélat  II). » Spinoza semble ici avoir prévu que M. Desmurget écrirait L’anti-régime...

Pour Spinoza, les passions sont autant de passivités.

La vraie source, la source nue de la libération de l'homme est la connaissance qui est la véritable puissance. La  connaissance est  la  véritable  puissance de la femme libérée, de l'homme libéré.

La femme & l'homme accèdent à la libération en accédant à la connaissance par ce qu'elle est la véritable puissance. [Cela ravit l’enseignant passionné que j’ai été pendant toute ma carrière!]

En connaissant mieux les processus de l'imagination

- association,
- ressemblance,
- mimétisme,
- inversion des affects,

l'esprit humain peut

* reconnaître son 'bien véritable' dit Spinoza
* & poursuivre son 'utile propre' par une action adéquate.

Ce processus de libération est efficace, c'est pourquoi « le sage a plus de force que l'ignorant ». 344 C'est une conception dynamique de la sagesse.
[Oui mais, objecte quand même le pédagogue tapi en moi, l'ignorant ne le sait pas… qu’il l’est, ignorant, ce qui rend très difficile la tâche des pédagogues car plus un ignorant l'est, plus il est certain de son savoir & ne voit pas l'utilité d'en acquérir d'autres puisqu'il en sait déjà un… croit-il !]

L'accès à la sagesse par la connaissance produit une maîtrise intelligente des désirs passifs.

Spinoza:  « La  béatitude  n'est  pas  la  récompense  de  la  vertu,  mais  la  vertu même;…  c'est parce  que  nous  en  éprouvons  de  la  joie que  nous  pouvons réprimer les désirs » passifs. 345

C'est  parce  que  nous  éprouvons  de  la  joie à  fréquenter  cette  vertu  que constitue  la béatitude que  nous  parvenons  à  réprimer  les  désirs  par  la connaissance  qui  n’est  pas  le but  mais  le  moyen  d’atteindre  cette  béatitude spinoziste.


Les illustrations de cet essai ont déjà été publiées ailleurs sur Nulle part, où les références sont reprises quand elles sont connues; deux sont neuves sur Nulle part et sont sourcées.

 


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