Michel Juffé nous offre un café philo en compagnie de Spinoza en douze chapitres structurés avec une maitrise aboutie, aux fins de rester à tout moment amical envers ses lecteurs.

Son approche bienveillante et tellement pertinente use d'un ensemble de références déjà rencontrées sur Nulle Part: dans le désordre (liste à compléter) J. von Uexküll, G. Bachelard, etc.

Remarquons en passant (mais est-elle vraiment si innocente que cela, cette remarque ?...) que cet ouvrage-ci établit le lien ferme entre l'oeuvre d'Uexküll et celle de Spinoza, ce qui semble conforter l'hypothèse émise ici même que la mésologie (étude des milieux humains) chère à A. Berque tirerait peut-être bénéfice de lâcher certaines idées platoniciennes au profit d'une approche raisonnée de Spinoza. Les ponts entre l'éthique spinoziste et la mésologie seraient mieux établis par le maître ès mésologie... Mais le programme du colloque de Cerisy qui va lui être consacré ne semble vraiment pas prendre cette direction...

La synthèse que M. Juffé a servie avec le café est d'une lisibilité remarquable, d'un moindre dogmatisme que celle de R. Misrahi et tout aussi essentielle à une meilleure connaissance, bien mise à jour, de l'unité corps/esprit au sein d'un monisme radical tel que la pratiquait déjà Spinoza.

Le parcours qu'il offre à notre lecture s'éclaire d'un sourire intérieur. Le terrain qui nous est ainsi ouvert est substantiel: il dépose pour nous des cailloux blancs qui réfléchissent la lumière en marchant à nos côtés. Du très grand art !

Ceci, par exemple: Le but de l’Éthique est la vie heureuse et non… un théorie du devoir être (comme celle des moralistes). 92

Au Café Spinoza se tissent tant d'exigences de compréhension intérieure tendue sur la vibration du philosophe du XVIIe siècle que cela est admirable. La tension vers une intériorisation offerte à notre lecture, à notre attention, est constamment renouvelée d'exigences de clarté non simplificatrice. M. Juffé met beaucoup de respect à l'égard de ses lecteurs dans son exégèse inspirée.

Dans l'aire culturelle « occidentale », DÉMOCRITE & ÉPICURE ainsi que leurs partisans sont les seuls antécédents connus de Spinoza. Épicure: « Rien n'est jamais créé de rien par l'effet d'un pouvoir divin. »

La thèse de Spinoza: Notre monde est UNIQUE, sans transcendance ni finalité. L'univers est composé d'individus qui désirent plus que tout « persévérer dans leur être. » L'homme n'est pas supérieur aux autres espèces vivantes; chacune a sa perfection. J. von Uexküll, dûment cité à plusieurs reprises par M. Juffé, l'a bien démontré. Spinoza cherche une éthique propre à l'humanité. Il écarte une éthique de la nature. Notons au passage que M. Juffé ne cite pas la traduction plus récente de C.-M. Fréville: est-ce parce qu'il ne la connaît pas ou lui préfère-t-il celle de 1934 ?

Ce livre-ci  est pour l'instant (17 3 17) en lecture. More soon... perhaps.

If Spinoza is your cup of tea, it is a probable "must read".


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