Le résumé de l’éditeur sur la quatrième de couverture: « En promulguant l’acte d’émancipation des serfs en 1861, le tzar Alexandre II traduisait une volonté ferme de moderniser les structures sociales et politiques de l’Empire pour se rapprocher d’une « Europe européenne ». Mais c’était sans en mesurer pleinement les conséquences, étonnamment contradictoires. À court terme, la condition paysanne fut aggravée car l’émancipation ne portait pas sur la propriété des terres. Mais à long terme, à côté d’une minorité prospère, s’est constitué un prolétariat paysan, nourri par un essor démographique sans précédent, à la recherche de nouvelles terres, ce prolétariat n’eut d’autre choix que le chemin de l’exode rural. Ainsi, participa-t-il aux bases d’une Russie moderne, peuplant les contrées les plus reculées de la Sibérie et nourrissant à la sueur de son front les bassins industriels russes jusqu’à la Première Guerre mondiale.
Au travers d’archives et d’écrits littéraires comme ceux de Tolstoï, ce livre nous invite à découvrir cette formidable révolution politique, économique et sociale. »

En « 1855 – les ouvriers sont des paysans qui travaillent en usine pendant la période hivernale. » 91 Presque quarante années plus tard, ils se sédentarisent dans « le chef-lieu où se trouve la fabrique. » 92 En 1892, « 55 % des ouvriers sont nés de parents ouvriers. Dans l’industrie textile (coton, lin et soie), le taux passe à 60 %. » 92
Il n’est pas impossible que la transformation du servage en salariat ouvrier (une autre forme de sujétion, économique en ces temps-là encore sans syndicalisme) qui a pavé la voie des trois révolutions du début du 20e siècle: 1905, février 1917 puis octobre/novembre 1917. Leurs racines remontent donc plus de cinquante années auparavant.
L’originalité de cette approche tient aux sources utilisées: en effet, l’auteure s’est basée sur les écrits de deux membres de la noblesse libérale: Anatole KULOMZIN & Léon TOLSTOÏ qui ont accepté d’endosser la livrée de médiateur de paix entre la noblesse conservatrice et les serfs affranchis par le Tsar Alexandre II par ukase du 19 février 1861. 57
C’est à Anatole KULOMZIN, dont l’auteure a retrouvé une longue note publiée dans Le monde slave daté de 1931 73 que l’on doit une description précise de leurs missions.
« Léon TOLSTOÏ [1828-1910] se trouve à Bruxelles lorsqu’il apprend qu’il est nommé médiateur de paix par le gouverneur de Toula », 76 où se trouve son domaine Yasnaïa Poliana. « On peut supposer qu’il a été désigné en raison de sa conduite exemplaire pendant la guerre de Crimée » 76 (1853-1856)

« Son rôle de médiateur de paix apparaît peu dans le Journal et les Carnets. On ne trouve que trois mentions dans le journal aux années 1861 & 1862. Léon Tolstoï ne donne aucune explication de la façon dont il a occupé la fonction. » 81
Il est victime d’une grande hostilité de la part des propriétaires de son district, extrêmement conservateurs. … « [Ils] voient d’un très mauvais œil Léon Tolstoï s’engager dans la voie de la mise en place des chartes réglementaires et le lui font sentir par toute une série d’actes vexatoires. Il est également assiégé par les interrogations des paysans qui se demandent s’il est capable d’assurer la défense de leurs intérêts. » Dix-neuf propriétaires nobles… portent plainte contre lui. « La réalité des incriminations adressées à l’encontre des médiateurs de paix n’est pas confirmée. Le 12 février 1862, Léon Tolstoï offre sa démission & le Sénat « le relève de ses fonctions pour raison de santé. » 82
Il se consacrera alors à créer des écoles dans son district mais il doit abandonner aussi parce que la noblesse voit d’un très mauvais œil que le comte Tolstoï veuille alphabétiser leurs serfs… Il avait probablement bien senti que « l’abolition du servage a conduit à éduquer plus et mieux la population dans son ensemble » 107. Il a eu un rôle de précurseur dans son environnement immédiat.

L’auteure livre quelques chiffres sur l'éducation & la démographie 107: (Tableau réalisé par NP sur base de données extraites de l'ouvrage)

Date 1870 1900
 Nb d'écoles  16.000  37.000, dont 25.000 en zones rurales
 Date   1896
 Taux de scolarisation    50%
 Date 1861 1897
 Démographie de la Russie 76,8 millions d'habitants 129 millions d'habitants


« Pendant les années 1863-1879, Léon Tolstoï mesure… les effets de l’émancipation par le développement de la pauvreté & son extension à de nouvelles catégories sociales, autrefois hors de la misère. » 88 Il « décrit l’extension de la misère par petites touches et par petits portraits » dans son
œuvre. 89
Il finira avec ses deux filles par se « tourner vers l’action caritative pour contrer une famine meurtrière. Entre 1891 et 1892, [ils] ouvrent… plus de sept cents centres d’alimentation. 89
« On peut se demander s Léon Tolstoï, en partie à cause des nombreux obstacles qu’il a rencontrés dans son travail de médiateur de paix, ne les a pas sublimés et dépassés par sa puissance d’écriture. » 89

La composition de la population russe en 1861 se répartit comme suit:

(Fromage réalisé par NP, idem)

L’auteure « est rattachée à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Centre d’études des modes d’industrialisation (EHESS/CEMI). Elle anime un séminaire qui est consacré aux Ruptures et Continuités dans la sphère étatique russe (1861 à 1998). » Jacques Sapir dirige ce Centre d'études et alimente un blog sur la Russie


(Juste une suggestion à l’éditeur: engager une correctrice/un correcteur… car les coquilles foisonnent, ce qui est étonnant dans cet antre de la langue française ! J’en connais une excellente…)


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