Éloignement physique de la gare.
Tout a un temps, y compris
Les jouissances visuelles.

L’art presque cistercien de l’approche
de ces escaliers menant au parking,
le doux mouvement courbe du lieu lui-même,
la majesté envoûtée de la lumière,
jamais prisonnière.

Maîtrise de l’approche.
L’effet écarquillant
par la répétition des formes.

L’architecture se comprend mieux
dans la démesure d’un geste abouti.
Aussi, quand la femme
alanguie et cambrée
prolonge les quais de son envol.

Sa cambrure extrême,
tension de son plaisir,
au pied de la colline.

Habité par ces formes,
j’imagine tous les cheminements,
la fascination du machiniste.
Sa cabine est le seul lieu d’approche frontale,
comme s’il avait seul le droit
de la pénétrer toute entière,
de la ganter de son train
à chaque descente ;
de s’en échapper,
de se retirer à
chaque montée.
Et voici que
la gare,
comme
Collioure,
devient une
théorie
érot-
ique.

D’ailleurs le nom
que nous lui avons donné,
Kamatrava, dit assez
le potentiel sexuel d’un tel lieu.

Guillemine est son nom
Féminine est sa forme
Fascination du pont
Tout sort de la norme
Seuls les éléments la possèdent.
Le soleil la blanchit,
la nuit l’éclaire,
la pluie lui lave les instants,
la grêle la sonorise,
l’orage la dessine,
la neige la protège.

Les gouttes de pluie
rendent son duvet
plus perméable encore.

Auteur du dessin: Santiago Calatrava
Source du dessin: La libre Belgique, n° spécial du 18 09 2009

Le titre du texte est inspiré d'un ouvrage : "Théorie érotique du clocher de Collioure".


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