Ceci est ma très imparfaite représentation. Elle est ma compagne figée sur son mur le plus ensoleillé.

J’ai la blancheur diaphane et sereine de la lagune estivale. J'ai été observé, soupesé, caressé avant d'être acheté. J'ai le sentiment d'avoir été choisi pour qui je suis. J'ai tout de suite senti l'infini respect avec lequel j'étais transporté. J'ai longtemps voyagé, bercé par le roulis régulier d'un train plein de malices.

Je me demande s'il avait compris ma faculté si spéciale... Peut-être le marchand le lui a-t-il expliqué pour justifier mon prix. Qui sait? Je n'ai point d'oreilles...

J'étais loin de m'imaginer que j'allais devenir le symbole d'une certaine forme de résistance au système. Si j'ai bien compris ce qui m'arrive, je suis devenu le dernier refuge de nos libertés volées par toutes ces caméras.

L'anonymat que je lui offre est la réponse silencieuse qu'il fait à chaque femme complètement voilée qu'il croise dans un lieu public. Je sors de son sac et il m'enfile souplement. Et personne n'ose rien lui dire puisqu'elle peut.

L'anonymat que je lui offre ainsi par bribes lui fait un bien fou à chaque fois. Je le sens au velouté de son visage.

Je deviens de plus en plus difficile à ôter. Elles sont si nombreuses. Si les députés tardent à légiférer, je serai son unique visage.

 

source de l'image : http://www.auchatperche.com/medico%20%20.html Texte remanié initialement produit lors de l'atelier d"écriture d'Anne Lejeune. (PAC-Verviers, "formation" écrivain public.)


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