Je partage avec Jacques Brosse (1922-2008) un amour fidèle à ce petit meuble. En ce havre-ci, il a d'abord été portable sous le vocable d'écritoire. Il s'est ensuite transformé en meuble fixe dont l'auteur a fait son lieu d'écriture et d'observation. Oh, certes, je n'aime pas tout: son anthropomorphisme vis-à-vis des oiseaux prête à sourire mais lui-même n'est pas dupe:

(115) Nous sommes tous les victimes inconscientes d'un anthropomorphisme réducteur et puéril qui nous enferme en nous-même et nous aveugle.

Quelques incursions vers le christianisme aussi; il m'a suffi de ne pas citer. C'est pour leur côté apaisé que la sélection qui suit est appréciée. & elle semble bien, auprès de moi au moins, "tenir la route": consignées en 2012, je viens de les relire en 2022: toutes restent en harmonie avec la personne que je suis devenu.


Une sélection

Voici une sélection de phrases de cet auteur, botaniste de formation, plus tard converti au bouddhisme zen au point d'en devenir moine.

J'y reçois un écho à mes propres réflexions pendant la lecture. Certaines d'entre elles auraient même bien valeur d'aphorisme. Grâce à sa maitrise de la terminologie botanique, l'auteur nous concocte des passages qui procurent un plaisir certain à la lecture.

(10) Les artistes ne servent à rien, sinon à nous montrer ce que nous n'avons pas vu et ça nous dérange.
(24) [Mon oeuvre] évolue avec moi. Dans mes anciens livres je ne me reconnais plus.
(27) N'ayant plus d'avenir, ils ne peuvent s'appuyer que sur leur passé. Ils le ressassent. Ils le ruminent. À leur âge, on ne vit plus qu'à l'envers.
(41) En soi, les choses seraient simples, mais voulant à tout prix les comprendre, nous les compliquons. Nous en faisons des objets, et nous voilà assujettis.

L'herbe foule la plante des pieds. La rosée est tardive dans l'ombre massive du charme. Le charme et un bouleau se poussent du coude et des épaules. Ils s'enchevêtreront pour le meilleur.

(44) À leur bonheur, ils posent tant de conditions, comment peuvent-ils espérer l'obtenir?
(47) Les statistiques dites d'espérance de vie s'améliorient [grâce à la médecine officielle]. Mais quel espoir? Se survivre à soi-même, quelle misère et quelle honte.


Jeu de chaise.
Pas musicales.
Jeu de chaise matinale et solaire (août 2012).
Chercher le bon angle et la bonne assise;
s'imprégner du point de vue nouveau
.


(66) Le malheur d'être lucide, c'est qu'on ne l'est jamais qu'à demi.
(72) Mourir de rire, si c'était possible, quelle fin!
(78) [Le] corps ne serait que l'émanation de l'esprit, la manifestation tangible de son désir d'exister, de sortir de son intériorité pour aller voir, entendre, toucher, sentir, goûter le monde.
(79) Ce n'est que lorsque l'on commence à y voir clair que l'on peut savoir qu'auparavant on n'y voyait pas.
(80) On sait maintenant qu'il conduit tout droit à l'abîme, mais "on n'arrête pas le progrès".


Ah oui, un rêve d'il y a deux ou trois jours, pendant la sieste.
Je marchais sur un tapis grouillant d'insectes.
Ne m'en donnez surtout pas une interprétation, elle ne me conviendrait pas.

L'anthropocentrisme de Jacques Brosse avec les oiseaux est touchant mais vain.
Par contre, confirmation admirative pour un vocabulaire botanique d'une grande précision.


(89) Au moins nous, nous sommes biodégradables.

Une marche attentive dans l'herbe pieds nus jusqu'à l'autre table, solaire. Je m'assieds sous le dome du charme. Lecture.
Massif, je m'enracinerais bien. Belle fin, non?
Là où se pose le regard, une noisette dans sa coquille.
Dèja, discrètes, une dizaine de feuilles charmeuses, jaunies avant l'âge, s'offrent leur dernier trajet vertical. Langueur et ligne du temps. Elles glisseront encore au gré du vent, patientes, attentives aux enverdies plus tardivement.

(100) Je n'ai jamais renoncé à rien, ce sont les choses qui ont renoncé à moi et je ne les ai pas retenues, donc je ne regrette rien, quelle chance!


(101) Je résume: « Les Tibétains nomment bardo l'intervalle, cet état intermédiaire, lequel n'est pas seulement l'entre-mort et vie, mais l'entre-veille et sommeil, l'entre-conscient et inconscient, le temps, hors du temps, de la méditation. »

La page 101 livre une explication possible de ma créativité en trains. Notamment sur les trajets déliés en direction de la Méditerranée catalane.


(107) Ce que nous appelons chaos du monde n'est que désordre de notre esprit.
(108) Nul jamais n'est indispensable. Ceux qui croient le contraire font leur malheur et celui d'autrui.
(110) L'évidence est trop proche; si nous n'y prenions garde, elle nous crèverait les yeux.
(149) Pourquoi se cache-t-elle si bien, l'évidence? Afin qu'on la cherche.

Le soleil chauffe la peau sous le pantalon.

(123) Sachez enfin qui vous êtes. Comment pouvez-vous vivre avec quelqu'un que vous ne connaissez pas? Mal, sans doute.
(123) Lorsqu'on a enfin compris que la vie n'était qu'un apprentissage, elle cesse d'être décevante. Mais un apprentissage de quoi? Je le saurai peut-être un jour; si je le savais, je ne vous le dirais pas.

Et on n'a pas envie d'ajouter: Na !
La pommette droite,
offerte au soleil
tête inclinée sur le papier,
bouillonne de chaleur revenue.
Alchimie complexe entre nuages absents,
vents doux et bonne exposition.

(133) Les mots qui nous permettent de tenir les choses à distance sournoisement prennent leur place.

Le pommier offre une ombre apaisante
au temps bref d'un exercice sur le souffle.

(133) Dès la fin de l'été, l'arbre est prêt pour le printemps suivant.
(133) Le bien public aujourd'hui, ce sont les intérêts privés.
(135) La véritable ignorance, c'est de croire que l'on sait.


(140) Un destin: parti de rien, il était revenu de tout.

Un bon mot à la manière de Jacques Sternberg, celle-là.


(140) Un jour, il lui arriva ceci: en pleine nuit, il sentit l'aube se lever en lui.
(144) Imaginons un homme soudain confronté à toutes les bêtes qu'il a fallu supplicier pour qu'il vive.
(145) Je ne fais ici que déplisser ma vie.
(151) Moi humain, mon squelette je ne le connais pas davantage.
(152) J'en connais qui voudraient recommencer. Cela ne leur suffit donc pas.
(153) La morale chrétienne ne peut faire que des anxieux ou des hypocrites; ce sont souvent les mêmes.
(154) La vie a-t-elle un sens ? Mais, c'est même un sens unique, ...


Nouvelles branches sur le reine-claudier chétif.
Obstinément, le lierre monte à l'assaut de la branche oblique.
L'insecte inconnu atterrit sans crier gare au milieu de la page.
Et se dévoilent d'autres "pas-invités" bienvenus qui croissent dans d'improbables endroits.
Et tant d'oiseaux que ma présence parmi eux indiffère.


(154) Seul le dévot inconditionnel peut se satisfaire du morne, écoeurant, répétitif charabia des prêtres.
(159) Il en est qui dorment toute leur vie. N'ont-ils pas peur un jour de se réveiller en sursaut?
(161) Quand parviendrai-je enfin à marcher sur mon ombre?


L'ombre du charme sur la pelouse est à la taille de son gabarit; gigantesque.
Même en plein midi; j'en suis ravi.
Le soleil parcourt l'espace jardinier.
La lumière fait varier le paysage familier sur son chemin de continuité.

Ce vent nordiste réveille les pores sous le vêtement.


(161) Nous n'avions pas tant à changer qu'à réajuster nos composantes, à les disposer plus harmonieusement.
(171) La lumière était en ce moment précis si diaphane qu'elle laissait transparaître l'invisible qui aussitôt, pudique, se déroba.

 

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